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Quel futur pour le Weekly Shōnen Jump ? [DOSSIER]

Bannière Futur Weekly Shōnen Jump

Les trois dernières années n’ont pas été de tout repos pour le Weekly Shōnen Jump, et avec toujours moins de séries à succès, une question se pose : Que restera-t-il du plus grand magazine de manga japonais dans 5 ans ?

2020 n’a pas été une année facile, surtout pour le célèbre magazine de prépublication japonais. Plusieurs séries se sont terminées cette année-là, certaines prématurément, mettant en péril le futur du Weekly Shōnen Jump. Une question se posait donc : le Jump est-il en fin de vie ?

Pour la plupart des otakus et autres weebs qui s’intéressent un tant soit peu à l’industrie du manga, le Weekly Shōnen Jump est un nom connu. Plus encore j’aurais tendance à dire qu’il s’agit d’une véritable institution. Appartenant à l’éditeur japonais Shueisha, à l’origine de Dragon Ball, One Piece, Naruto et tant d’autres, le Jump est un magazine hebdomadaire japonais où sont publiés chaque semaine les nouveaux chapitres des différentes séries en cours de l’éditeur. Différente du système franco-belge, on peut continuer à suivre ses séries préférées chaque semaine, avant de pouvoir lire un véritable tome relié tous les 3 ou 4 mois. Ces derniers sont ensuite traduits et édités en France chez divers éditeurs tels que Glénat, Kazé ou encore Ki-Oon pour ne citer qu’eux.

Covers Weekly Shōnen Jump

Numéros du Weekly Shōnen Jump © Shueisha

Comme son nom l’indique, le Weekly Shōnen Jump est un magazine visant un public « shōnen », à savoir les “jeunes garçons”. Aujourd’hui, le mot est souvent associé aux mangas « Nekketsu » (ça veut dire “sang bouillant”, c’est Nekfeu qui le dit) comme NarutoBleach et One Piece. Cependant, il ne se limite pas à ce genre très précis, il regroupe n’importe quel manga visant un public jeune, avec des thèmes et intrigues qui leur sont accessibles. Le shōnen s’oppose à la fois au “shōjo” (pour jeunes filles) et au “seinen” (pour les jeunes adultes). Ce dernier est souvent plus graphique et traite de thèmes bien plus matures comme la mort, le crime, la sexualité, l’horreur et autres tragédies psychologiques ou physiques. Un exemple qui j’espère vous parlera : Berserk est probablement le seinen le plus populaire, avec Akira.

Maintenant que les bases sont posées, revenons à la question qui nous intéresse. Avec de moins en moins de séries populaires, le Weekly Shōnen Jump est-il voué à disparaître ?

Arrivé fin 2021, j’aurais tendance à dire que non. Le Weekly Shōnen Jump a encore de belles années devant lui, reste à savoir combien de temps exactement il peut s’appuyer sur sa renommée et les quelques mastodontes qu’il héberge encore aujourd’hui. Mais revoyons pas à pas la récente évolution du magazine et des différentes séries qui le composent, de 2019 à aujourd’hui, avant de spéculer sur son futur.

L’écosystème du WEEKLY Shōnen JUMP

Le Weekly Shōnen Jump, c’est pléthore de séries cultes. Saint Seiya, Dragon Ball, Slam Dunk, JoJo’s Bizarre Adventure ou encore Ken le survivant pour l’âge d’or. Yu-Gi-Oh!, One Piece, Hunter x Hunter, Bleach et Naruto dans les années 90 et début 2000. Je pense que vous avez bien saisi, il est grandement possible que plus de la moitié de votre mangathèque soit issue de ce magazine légendaire.

Pour autant, le marché du manga est loin d’être un océan bleu. En effet la Shueisha n’est pas le seul éditeur qui possède un magazine de prépublication, loin de là ! Bien qu’ils ne jouent pas tous dans la même catégorie (Shōnen, Shōjo, Seinen, Josei, etc.), la concurrence fait rage et nombreux sont les prétendants qui se confrontent au Jump sur le marché du Shōnen.

Parmi eux, on peut citer le Weekly Shōnen Magazine de l’éditeur Kodansha, foyer de Fairy Tail, Seven Deadly Sins et, plus récemment, de BLUE LOCK, que vous connaissez maintenant par cœur, j’en suis convaincu ! Nous avons ensuite le Weekly Shōnen Sunday, où est toujours prépublié Detective Conan. Enfin, pour l’éditeur Square Enix (oui oui l’éditeur de jeux vidéo), on retrouve notamment le Monthly Shōnen Gangan, magazine où ont été prépubliés Fullmetal Alchemist et Soul Eater.

Il faut savoir que tous ces éditeurs possèdent bon nombre de magazines complémentaires. Ainsi on retrouve un ou plusieurs hebdomadaires, mensuels voir bimensuels. C’est évidemment le cas de la Shueisha avec le(s) Jump :

  • Weekly Shōnen Jump (hebdo) : One Piece, My Hero Academia, Jujutsu Kaisen
  • V Jump (mensuel) : Dragon Ball Super, Boruto, Yu-Gi-Oh! SEVENS
  • Jump GIGA (trimestriel) : Vigilante – MHA Illegals
  • Weekly Young Jump (hebdo) : Kingdom (on en parlera un jour), Kaguya-sama
  • Grand Jump (bimensuel) : Rien de très connu, plus axé adulte/ecchi
  • Ultra Jump (mensuel) : JoJo’s Bizarre Adventure: JoJolion, World’s End Harem
  • Saikyō Jump (bimestriel) : Voué aux spin-off de grosses séries type DB, OP et MHA.

Vous l’aurez donc compris, il y a beaucoup de concurrence sur ce marché. Pour autant, en 2018, le Jump est roi. Bien que son plus gros concurrent, le Weekly Shōnen Magazine le talonne de près.

Âge d'or du Weekly Shōnen Jump

Personnages principaux durant l’âge d’or du magazine © Shueisha

Décembre 2018 : D’où part-on ?

Au cours de l’année 2018, le Jump a eu le droit à une montée significative de représentations féminines, que ce soit dans les héroïnes de séries (EmmaNobaraShinobu/Kanao) ou les autrices et dessinatrice (Pezuka sur The Promised NeverlandKoyoharu Gotoge sur Kimetsu no YaibaUezaki Shiro pour Act-Age). Chacun de ces mangas s’est vu connaitre un succès grandissant de chapitre en chapitre. Deux nouvelles publications se sont notamment démarqués cette année-là : Jujutsu Kaisen et Act-Age. Si le premier est aujourd’hui mondialement connu depuis sa diffusion animée, Act-Age ne vous dit probablement rien, mais nous y reviendrons un peu plus tard…

Nous voilà donc début 2019. Côté mangas, Gintama est enfin terminé (dans le WSJ du moins), One Piece est dans l’arc Wano depuis déjà une vingtaine de chapitres et Haikyuu!! fête son 7e anniversaire. Côté animes, la première saison de l’animé The Promised Neverland est en cours de diffusion, aux côtés la partie 4 de JoJo’s : Golden Wind.

De plus, un certain “Kimetsu no Yaiba” est annoncé pour le printemps prochain, par le célèbre studio d’animation Ufotable. Si aujourd’hui tout le monde connait Demon Slayer, à l’époque, l’œuvre de Koyoharu Gotoge est quasiment inconnue en France. La faute revient à Panini, l’éditeur français qui avait acheté les droits du manga, mais l’a tellement mal vendu que la série s’est arrêtée au bout de seulement trois tomes (🤡).

Shinobu Kochō du manga Demon Slayer

Shinobu Kochō du manga Demon Slayer © Shueisha / Panini Manga

À ce moment-là, le Jump peut compter sur 20 séries au total. Je ne vais pas toutes les lister, mais il faut savoir que sur ces 20 mangas, 16 ont été édité en France et 14 d’entre eux sont des noms (très) connus ou notables de ces 20 dernières années. Les voici par date de parution, au premier numéro de 2019 (du 3 décembre 2018, ne cherchez pas à comprendre c’est le Japon) :

  1. One Piece (926 chapitre depuis Août 1997)
  2. Hunter x Hunter (390 chapitres depuis mars 1998)
  3. Haikyuu!! (329 chapitres depuis février 2012)
  4. Food Wars! (290 chapitres depuis novembre 2012)
  5. My Hero Academia (209 chapitres depuis juillet 2014)
  6. Black Clover (184 chapitres depuis février 2015)
  7. Demon Slayer (137 chapitres depuis février 2016)
  8. Boruto (29 chapitres depuis mai 2016)
  9. Promised Neverland (114 chapitres depuis août 2016)
  10. We Never Learn (90 chapitres depuis février 2017)
  11. Dr. Stone (85 chapitres depuis mars 2017)
  12. Act-Age (44 chapitres depuis janvier 2018)
  13.  Jujutsu Kaisen (38 chapitres depuis mars 2018)
  14. Chainsaw Man (1 chapitre depuis décembre 2018)

Ce qu’on remarque tout de suite, c’est que plus de la moitié du Jump est composé de mangas qui sont aujourd’hui hyper populaires, même si certains sont terminés. Ensuite, à l’exception de One Piece et Hunter x Hunter qui sont en cours depuis plus de 20 ans, toutes les autres séries sont “récentes” (7 ans max avec Haikyuu!!). On observe également que l’année 2016 a été un bon cru avec pas moins de deux super séries (à leur fin au moins), aimées des lecteurs.

Voilà donc comment commence l’année 2019, un maximum de séries à leur prime et des nouveautés qui sentent bon, une belle année en prévision donc ! Eh bien, oui, l’année 2018 a été plutôt bonne pour le Jump.

2019 : Premier dans tous les domaines

Début 2019, le Weekly Shōnen Jump est au top de sa forme. Tout au long de l’année, les séries vont toutes progresser dans le bon sens, ou presque.

Débutons avec la seule tache d’encre sur la copie 2019 : les nouveautés n’ont pas été dingue cette année. Dix séries sont nées en 2019, cinq d’entre elle sont mortes avant 2020, trois autres suivront, ne laissant que 2 séries “connues” à ce jour : Mission: Yozakura Family, édité depuis mars 2021 chez Kana et qui fait toujours son petit bout de chemin dans le Jump. L’autre n’aura pas dépassé les 5 tomes (tout de même édités chez Kana également) malgré de grandes attentes sur cette nouvelle série : Samurai 8.

Les plus éveillés d’entre vous savent sans doute de quoi il s’agit, mais pour la majorité, il faut savoir que Samurai 8 n’est autre que la nouvelle série de Masashi Kishimoto, le papa de Naruto. On ne va pas se le cacher, la série est plutôt osef et dès les débuts, les retours des lecteurs du Jump ne sont pas fous (je le case ici, mais Boruto déménage du WSJ pour le V Jump en 2019 et passe par conséquent en parution mensuelle). Et pour ce qui est de Yozakura Family, le premier chapitre étant sorti en fin d’année, il faudra attendre 2020 pour faire ses preuves. Ce qui laisse à 2019… des échecs (en termes de nouveautés).

Boruto – Naruto Next Generations © Shueisha / Kana

Pas de panique, vous l’avez bien compris, 2019 est restée une bonne année, une TRÈS bonne année même. On y arrive tout de suite, mais juste avant, un point sur la seule série à se terminer cette année-là : Food Wars. Le célèbre manga de cuisine dénudée (ne posez pas de question) s’est effectivement conclu après 7 ans de bons petits plats. Le dernier arc était clairement de trop, en plus d’avoir une fin précipitée, ce qui m’a personnellement laissé sur ma faim (vous l’avez). Au-delà de ça, Food Wars a eu une belle vie, propulsée à l’internationale avec son adaptation animée qui s’est finie en 2020. Il aura également eu un spin-off manga et deux light novels.

Bien, rentrons dans le vif du sujet : l’explosion d’un challenger. Si vous vous rappelez bien ce que j’ai dit plus haut dans l’article, un certain Kimetsu no Yaiba a eu le droit à son adaptation animée en 2019. Tué dans l’œuf par Panini en France, Kimetsu culmine entre la 5e et 6e place du top du Weekly Shōnen Jump avant son adaptation. Un animé, ça booste toujours les ventes manga. Ça donne de la visibilité à l’œuvre original et surtout ça augmente sa popularité, au Japon, mais aussi (et surtout) à l’international. On savait donc que Demon Slayer allait monter dans les ventes, mais pas à ce point. Entre le printemps (début de diffusion de l’animé) et la fin d’année 2019, Demon Slayer a DÉCUPLÉ SES VENTES. C’EST BON POUR VOUS ?

Pas encore convaincus ? Très bien. Décupler ses ventes, ça ne veut rien dire, ça dépend d’où on part, soit. Sauf que ça ne s’arrête pas là. Kimetsu no Yaiba EST LE MANGA LE PLUS VENDU DE L’ANNÉE (au Japon). DEVANT ONE PIECE, INVAINCU DEPUIS 12 ANS. En plein Wano Kuni, l’île censée représenter la culture japonaise dans le manga, très attendu par les lecteurs nippons. Rendez-vous compte : un jeune shōnen, aux graphismes… spéciaux, écrit et dessiné par une auteure talentueuse a mis fin au règne de One Piece en seulement 1 an, grâce au succès incontrôlable de la série d’ufotable. Au-delà de savoir si le manga est surcoté ou non, il a écrit l’histoire du Jump, mais aussi du shōnen. Et l’industrie tout entière a compris quelque chose qu’on avait déjà théorisé avec Shingeki no Kyojin : Un bon animé peut faire exploser une série. Un exemple qui sera refait à la lettre l’année suivante…

Derrière cette montée fulgurante, on retrouve donc One Piece, lui-même suivi de The Promised Neverland, My Hero Academia (déjà très haut oui) et Haikyuu!!. Pour toutes ces séries et les autres récurrentes en milieu de classement, tout est plutôt au beau fixe. L’année se passe sans encombre, les personnages évoluent, l’intrigue avance et certaines histoires approchent, rapidement, de leur fin…

Il y a bien sur quelques déboires. Du côté des mangas de romance/comédie notamment, avec We Never Learn et Yûna de la pension Yuragi qui déclinent progressivement et qui ne devrait pas tarder à se conclure.

Kimetsu no Yaiba s’envole, Food Wars raccroche son tablier, les autres séries se portent bien et aucune nouveauté ne se démarque véritablement. Un bilan extraordinaire, bien que le manque de nouveauté pourrait inquiéter, mais le Jump a encore de jeunes mangas très prometteurs qui fonctionnent bien : Jujutsu Kaisen, Act-Age (j’y viens promis) et Chainsaw Man pour ne citer qu’eux.

Le problème quand on arrive au sommet, c’est qu’on a plus qu’à redescendre. Et 2020 n’y va pas de main morte.

Tanjiro et des fleurs de glycine - Animé Demon Slayer

Demon Slayer © ufotable / Aniplex

Quand 2020 rime avec fin

Ce n’est jamais agréable de passer après le meilleur de la classe, alors imaginez devoir présenter votre exposé fait avec passion, mais dont la moitié a été mangée par votre chien la veille, le tout en visio, en pleine pandémie mondiale.

Eh bien, c’est un peu ce qu’il s’est passé avec le Weekly Shōnen Jump en 2020. Je vais vous expliquer l’histoire de cette dégringolade.

Tout d’abord, parler d’échec serait faux. Le Jump a perdu beaucoup de titres en 2020, cependant on va surtout parler de la fin d’une ère. Certains parlent même d’un nouvel âge d’or, même si pour moi le Big 3 des années 2000 est bien au-dessus des séries terminées en 2020, néanmoins, ce n’est pas le sujet !

2020 pour le Weekly Shōnen Jump, c’est 6 des 10 meilleures ventes manga de l’année au Japon. On parle ici de Demon Slayer qui ne s’est pas arrêté à son succès de 2019 et qui s’est vendu à 82 Millions d’exemplaires en 2020. Couplé à la puissance de One Piece, et bien ça fait qu’un manga vendu au Japon sur deux vient de la Shueisha. Ouais. C’est pour ça qu’on peut difficilement parler de 2020 comme une année sombre pour le magazine. À vrai dire le problème, ce n’est pas 2020… c’est l’avenir.

En 2019 on se doutait que quelques séries se termineraient en 2020, grosso modo deux ou trois, allez quatre, mais pas plus !

Neuf. On en a perdu neuf, en un an… En ajoutant Chainsaw-Man et We Never Learn qui se sont arrêtés dans les premiers numéros de 2021, ça fait onze séries conclues. Et je parle même pas des quatre séries lancées en 2020 qui sortent du magazine dans la foulée, au bout de quelques chapitres. En plein confinement mondial, je me rappelle avoir suivi avec assiduité la vie du Jump en 2020 et à chaque manga qui se finissait, une petite crainte en moi se faisait de plus en plus forte : Que restera-t-il du Jump d’ici trois ou quatre ans ?

Parce que, oui, il reste One Piece, My Hero Academia et Jujutsu Kaisen qui explose à son tour. Mais dans quelques années, One Piece rendra son ultime chapitre, My Hero Academia sera sans doute terminé, tout comme Jujutsu Kaisen. Imaginons donc qu’aucune nouvelle série à gros potentiel ne naisse d’ici là, bah le Jump sera dans un véritable âge sombre, rempli de séries moyennes qui ne suffiront pas à porter le magazine face à une concurrence toujours plus forte, aux nouvelles séries inspirées et aimées (OUI JE PARLE DE BLUE LOCK).

Heureusement, avec le recul, des belles nouveautés, il y en a eu depuis 2 ans dans le Jump. En 2020 sont nés Mashle, Undead Unluck et Sakamoto Days qui arrive au printemps 2022 chez Glénat. Quelques autres séries arrivent aussi en France en 2022, toutefois à part Mashle et Sakamoto Days, le reste stagne dans la moitié basse des séries du magazine depuis leur arrivée.

Parlons maintenant de ce qui a fait que cette année restera si particulière : les fins de onze des séries du Weekly Shonen Jump. Rassurez-vous, je ne compte pas revenir sur chacune d’entre elles… Même si ce n’est pas l’envie qui me manque !

Le très bien nommé Demon Slayer a tiré sa révérence après 23 tomes de bons et loyaux services, une série qui a tout déchiré et un film qui s’offre la première place du boxoffice japonais, ever. Ouais. Que dire à part “Bravo” ? Honnêtement, je pense que la hype de la première saison était justifiée, couplée à un arc final qui donne tout ce qu’il a, je n’ai rien à redire sur ces deux points. Malgré tout. Je pense que le manga est surcoté sur d’autres aspects. Je ne vais pas en débattre ici et maintenant, mais Demon Slayer à un milieu d’intrigue plus que creux. Avant la bataille finale, bah on se fait un peu chier. Je crois qu’à l’arrivée de la saison 2 puis 3, beaucoup de gens vont commencer à quitter le navire, là où SNK ou un Jujutsu Kaisen grimpent de saisons en saison. Je m’attends à ce que vous me renvoyiez cet article dans 2 ans pour rire de mes prévisions en mousse cependant je suppose que l’euphorie passera, malgré une grande popularité.

Hinata - Haikyuu!! Manga

 Haikyuu!! © Shueisha / Kazé

En juin et juillet, c’est deux autres mastodontes qui quittent les pages du magazine. The Promised Neverland s’est terminé après 20 tomes qui ont apporté beaucoup de fraicheur en terme d’intrigue complexe et de narration, le tout dans un genre particulier qu’est le survival horreur. Malgré une adaptation qui n’en a rien à foutre de l’œuvre original, TPN a été un véritable succès qui prouvent que les collaborations entre scénaristes et dessinateurs peuvent faire un très beau mélange.

En juillet, c’est Haikyuu!! qui tire sa révérence. Le manga de Volley-ball de Haruichi Furudate s’est terminé au bout de 45 tomes et 8 ans de parution. Le manga figurait dans le Top 5 de cette décennie et son animé a toujours trouvé son public. Seulement voilà, à quelques mois des Jeux Olympiques devant se dérouler à Tokyo, le Weekly Shōnen Jump se retrouve pour la première fois depuis 1980 sans AUCUNE série de sports dans le magazine principal. Encore à ce jour, aucun manga n’a pris la succession d’Haikyuu!! alors que différents concurrents (GENRE BLUE LOCK) explosent tout dans les autres magazines. Je vous ai déjà parlé de mon admiration pour les shōnens sportifs et j’avoue être inquiet et déçu de ne voir aucun manga du genre depuis maintenant deux ans dans mon magazine favori…

Cependant, la véritable tragédie de 2020, c’est Act-Age. Je vous en parle depuis le début de l’article, le manga de Usazaki Shiro et Matsuki Tatsuya, débuté en janvier 2018 s’est arrêté brutalement en août 2020. Act-Age était un shōnen sur… l’acting ! On y suivait une jeune fille qui avait un don pour le jeu théâtral, mais aussi en cinéma. De part mes études dans ces deux domaines, j’ai été très heureux de découvrir l’existence de ce manga lorsque Ki-Oon a publié les deux premiers tomes en France, quelques semaines avant la tragédie. En effet, au début du mois d’août, on apprend que le scénariste Matsuki Tatsuya a été arrêté puis condamné pour attouchements sur mineures. Face à la gravité de la situation, la Shueisha a prise une décision logique, celle d’annuler la série. En plus des nombreuses collégiennes victimes de l’auteur, une autre personne se retrouve victime de cette affaire. C’est la très talentueuse Usazaki Shiro, dessinatrice du manga, qui n’a bien évidemment rien à voir avec l’affaire et qui se retrouve dans l’incapacité de pouvoir continuer son œuvre. Depuis les événements, la jeune femme a réalisé différentes illustrations promotionnelles ici et là, mais aucune nouvelle parution de manga n’est pour l’instant prévue. 1 an et demi plus tard, je suis encore très touché par cette fin précoce. La série avait tout pour réussir, un projet d’adaptation animé était sans aucun doute dans les tuyaux et du jour au lendemain, elle a totalement été supprimée, oblitérée pour des raisons plus que logique. Va te faire foutre Matsuki Tatsuya, va te faire foutre.

En l’espace de quatre mois, coup sur coup, le Jump a perdu beaucoup. Mais comme je l’ai déjà dit, l’année a globalement été excellente pour le magazine. Le véritable test sera 2021, car c’est cette année qu’on pourra voir les premières causalités de ces 11 conclusions de séries.

Illustration Kei et Chiyoko - Manga Act-Age

Act-Age © Shueisha / Ki-oon

2021 : Des jours meilleurs

Comme prévu, 2021 a été un tournant dans l’histoire du Jump, la pandémie a accéléré certaines choses à cause des nouveaux modes de consommation qu’ont entrainé les différents confinements mondiaux. À ce titre, Manga Plus, la plateforme de lecture en ligne de la Shueisha a véritablement explosé. Notamment en France où depuis quelques mois, les derniers chapitres de plusieurs des séries publiés et édités en France sont disponibles chaque semaine, gratuitement, légalement et en français. À ce jour 8 séries sont concernées, dont One Piece, My Hero Academia ou encore Mashle, mais aussi Kaiju N°8 qui est une exclusivité Manga Plus (en dehors de l’édition de Kazé), ce qui n’empêche pas la lecture des autres séries en anglais pour ceux qui lisent la langue de Shakespeare.

Voilà pour la forme, mais sur le fond, le Jump n’a plus que 5 séries phares et 3 rookies, alors comment s’en sortir ? Eh bien l’année a été portée par quatre personnes, quatre auteurs, quatre empereurs du shōnen qui ont décidé de sauver le magazine de cette année qui s’annonçait compliquée. Ces quatre cavaliers de l’apocalypse ne sont autres que : Eiichiro Oda, Kohei Horikoshi, Gege Akutami et Yūki Tabata (mention spéciale pour Boichi, le crack du dessin qui nous régale aussi chaque semaine).

En effet, les auteurs respectifs de One Piece, My Hero Academia, Jujutsu Kaisen et Black Clover ont littéralement porté l’année à eux seuls ou presque. Bien sûr, Dr. Stone, Mashle et les autres s’en sortent très bien, mais ce n’est rien comparé à l’année légendaire que nous ont offert ces quatre rois du shōnen.

Kimetsu no Yaiba hors course, One Piece a signé sa meilleure année grâce à ses symboliques chapitre 1000, épisode 1000 et le tout aussi attendu tome N°100 du manga. Le tout couplé à l’arc de la bataille d’Onigashima, qui est un régal depuis le début et qui aujourd’hui encore offre classique sur classique, chaque semaine. Il en va de même pour Black Clover qui offre des pages sublimes depuis un an avec un arc incroyable pour les fans du manga.

Depuis sa série animé, Jujutsu Kaisen est le nouveau Demon Slayer du Jump. Littéralement, puisque le manga de Gege Akutami a dépassé Demon Slayer cette année au Top Oricon de 2021 avec 31M de tomes vendus contre 29M pour Kimetsu no Yaiba. On est évidemment loin des 82M de 2020 pour Demon Slayer, mais ça n’empêche pas Jujutsu Kaisen de se hisser au top des mangas de l’année grâce à une intrigue incroyable, des personnes en constante évolution et une première saison de l’animé tout simplement injouable. Le film est prévu pour Noël au Japon, la saison 2 arrivera entre 2022 et 2023 et autant vous dire qu’elle annihilera tout sur son passage, car personne n’est prêt pour l’arc de Shibuya.

Le dernier n’est autre que le roi sans couronne du Jump : My Hero Academia. C’est à mon sens, la meilleure évolution de manga que j’ai pu suivre jusqu’à présent dans le magazine. Horikoshi n’a absolument RIEN à envier à Toriyama, Oda ou même Isayama. My Hero Academia, c’est une suite de chapitres légendaires depuis plus d’un an, des pages magnifiques et des personnages à l’évolution incroyable. Mais le manga est étiqueté comme un manga pour enfant, qui a tout copié sur Naruto et qui se bat contre des adaptations à l’animation incroyables. Difficile de gagner contre les mastodontes que sont One Piece, Demon Slayer et Jujutsu Kaisen, mais j’ai confiance, son heure viendra et le monde reconnaitra My Hero Academia comme l’un des plus grands Shōnens de l’histoire du  Magazine.

Vous l’aurez compris, depuis un an, chaque semaine, toutes ces œuvres sont en tendances sur les réseaux. Car chaque semaine, les œuvres se surpassent de plus en plus dans des arcs narratifs toujours plus incroyables. Merci à ces quatre empereurs du Jump pour cette folle année qui a aussi eu son lot de belles surprises.

Les 4 empereurs du Weekly Shōnen Jump en 2021

Les 4 empereurs / Œuvre – Ayant droit

En effet, cette année, on a pu assister à la naissance de beaux projets qui, j’en suis sur, trouveront leur place dans le futur du magazine, à commencer par mon coup de cœur de l’année : Blue Box.

Manga de Kōji Miura, Blue Box est arrivé dans le magazine en avril dernier et a instantanément conquis mon coeur. Il s’agit d’un manga de romance, slice of life et de sport qui suit l’histoire de Taiki Inomata, un lycéen jouant au badminton qui a le béguin pour Chinatsu Kano, la fille la plus populaire du lycée, joueuse dans l’équipe de Basket du lycée.

C’est clairement la chose la plus mignonne que j’ai pu lire en termes de manga. Une œuvre feel good, super belle pour son genre (désolé les shōjos) et qui a eu le mérite de me plaire alors que le seul truc du même acabit que j’ai vu et aimé est Love is War (qui est bien plus axé comédie). Bref c’est clairement un ovni dans ma mangathèque et je compte bien vous en reparler à l’occasion de sa parution française avec un petit papier Propaganda (très vite j’espère !). En tout cas une chose est sure, je ne suis pas le seul à adorer Blue Box puisque les ventes des deux premiers tomes sont assez bonnes ! 

Les autres grosses nouveautés sont assez récentes puisque qu’elles ont toutes deux moins de dix chapitres à leur actif. Il s’agit de Ayashimon et Doron Dororon. Deux shōnens pour le moment assez classiques, mais qui ont pour point commun, les yokais, esprits, démons, appelez ça comme vous voulez ! Cependant, on commence à voir une certaine tendance à ce propos à la Shueisha…
Demon Slayer… Jujutsu Kaisen… avec ces deux nouveaux titres, le but est clairement de recycler ce qui marche. Seulement ça ne date pas de cette fin d’année, depuis Demon Slayer, il y a eu des dizaines de séries parues dans le Weekly Shōnen Jump qui suivent ce délire de démons et d’exorcisme. Et autant vous dire qu’aucun ou presque n’est encore en vie aujourd’hui. Et à côté de ça, à part Blue Box, bah on n’a pas le moindre sport dans le magazine depuis Haikyuu!!, et autant vous dire que le sport est secondaire dans Blue Box (ALORS QUE DANS BLUE LOCK Ok, j’arrête. Promis). Bien que ces deux là apportent un minimum de fraicheur, Ayashimon est très inspiré de One Punch Man et Doron Dororon ressemble déjà beaucoup à Kaiju N°8, qui n’a même pas deux ans. Difficile donc de prédire le futur de ces deux séries… et du Jump en général.

To be continued…

À l’heure où j’écris ces lignes, la Jump Festa vient de se terminer avec son lot d’annonces pour 2022, de belles choses sont en prévision, mais est-ce que ça suffira ?

Vous l’avez bien compris dans ce long résumé des trois dernières années du magazine : J’ai peur pour le futur du Weekly Shonen Jump. Horikoshi a annoncé que My Hero Academia se terminera normalement en 2022, One Piece devrait suivre dans les années à venir, Black Clover n’a jamais été aussi proche de sa fin et difficile de prédire quand Jujutsu Kaisen sera terminé. Le futur du Jump n’est pas sombre en soit, mais disons qu’aucune éclaircie n’est visible pour le moment. La Sueisha a parié sur ses grosses licences en attendant de voir émerger de nouvelles séries à succès. Il n’y a qu’à voir sur quoi le Jump mise son année 2022, alors que le magazine est en pleine crise. On fait revenir Bleach, en animé et en sérialisation avec un nouvel arc inédit, Dragon Ball a le droit à un nouveau film avec Dragon Ball Super : Super Hero, pareil pour One Piece. Bref, on utilise les grosses (et surtout anciennes) licences. Un choix normal, pourquoi s’en priver ? Mais Mashle n’a toujours pas d’animé de prévu et la plus grosse annonce de la Jump Festa pour le magazine en lui-même, c’est le retour de Chainsaw Man cet été pour la partie 2… sur Manga Plus. Même pas dans le Weekly Shōnen Jump donc.

Trailer | Bleach : Thousand-Year Blood War – Studiot Pierrot / Shueisha

Le magazine est clairement tourné vers le passé et délaisse chaque année un peu plus son futur. Difficile de savoir ce qui pourra aider le Jump dans les années à venir. J’aimerais personnellement y voir des prises de risques, un nouveau shōnen de sport, mais certainement pas tous les copier-coller qui sortent depuis (trop) longtemps. C’est une crise que la Shueisha a encore le temps de gérer, mais il serait dommage que le plus gros magazine de manga tombe dans un véritable âge sombre, car il n’aurait pas su rebondir suite aux fins de ses différentes séries phares.

Heureusement, ce qu’on vit en ce moment avec One Piece, My Hero Academia et Jujutsu Kaisen est incroyable et je compte bien vibrer chaque semaine en 2022 comme je l’ai fait en 2021.

Voilà qui marque la fin de cet article qui aura été bien plus long et complexe que prévu ! J’espère que je ne vous ai pas trop perdu en route et je vous donne rendez-vous l’année prochaine pour faire le bilan de l’année 2022 du Weekly Shōnen Jump. En attendant. Je vous prépare d’autres guides et articles pour 2022 sur Swtch ! Bonnes fêtes et n’oubliez pas de lire des mangas, c’est important. SURTOUT BLUE LOCK !

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