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Blue Lock : l’égoïsme du collectif [Propaganda]

Blue Lock Bannière

Bienvenue dans ce premier papier de notre format Propaganda. Laissez-moi vous parler de Blue Lock.

Oubliez tout ce que vous savez des shonen sportifs, Blue Lock est un électron libre du genre. De tous les mangas et animes que j’ai pu lire et voir en bientôt 25 ans d’existence, il y a toujours eu un genre particulier qui éveille en moi admiration et passion, je parle bien sur des shonen sportifs.
Belle ironie du sort puisque je ne pratique plus aucune discipline sportive depuis mes 17 ans, et que je suis essoufflé à l’idée de devoir monter les 10 étages de mon immeuble si l’ascenseur venait à tomber en panne.

Mon émerveillement pour ce genre à commencé il y a dix ou onze ans lors de ma découverte de la série animée Inazuma Eleven, adaptée de la série de jeux de Level 5 dont on attend toujours des nouvelles sur Switch (vous l’avez).
Plus tard, avec le temps et l’expérience, d’autres titres se sont ajoutés à ma bibliothèque. Kuroko’s Basket, Olive et Tom (Captain Tsubasa pour les puristes) et bien sûr le roi du genre à mes yeux, Haikyuu. J’aurais pu parler d’Ippo, Prince of Tennis ou encore l’excellent Yuri On Ice, mais j’ai pris soin de ne citer que des titres traitant de sports collectifs, à l’instar de l’œuvre que je vais vous présenter aujourd’hui, j’ai nommé Blue Lock.

QUI ? QUOI ? COMMENT ? QUAND ?

Été 2018 la coupe du monde de Football s’est terminée sur la victoire de la France, menée par le meilleur joueur et attaquant mondial : Noël Noa. La sélection japonaise a, quant à elle, été éliminée en huitième de finale. Ce nouvel échec international n’est pas à la hauteur des attentes de certaines personnes de l’Union Japonaise de Football, qui décident de mettre en marche un centre de formation expérimental, le Blue Lock, visant à créer le meilleur attaquant mondial, capable à lui seul de faire gagner le Japon lors d’une prochaine coupe du monde.
C’est ainsi que les 300 meilleurs attaquants lycéens du japon sont invités à rejoindre la sélection du Blue Lock avec un simple but, devenir l’attaquant ultime qui utilisera son égoïsme pour écraser tous ses adversaires. Quant aux 299 autres lycéens qui échoueront, ils n’auront plus le droit de continuer leur carrière dans le football. C’est donc le pari qu’a fait Yoichi Isagi, un bon attaquant encore inconnu, qui devra réapprendre tout ce qu’il sait sur le football en abandonnant le jeu collectif pour marquer ses propres buts. Pourra-t-il survivre au Blue Lock et  alors devenir l’attaquant ultime ?!

Blue Lock est un manga scénarisé par Muneyuki Kaneshiro, qui travaille notamment sur Jagaaaaaan en parallèle, et dessiné par Yusuke Nomura, qui peut se vanter d’avoir eu pour mentor Hajime Isayama, le mangaka derrière Shingeki no Kyojin, rien que ça.
Le manga est prépublié au Japon depuis 2018 dans le Weekly Shounen Magazine, grand concurrent du JUMP et qui, jusqu’à maintenant, avait toujours édité les grands mangas de sports que vous connaissez et que j’ai cité plus haut dans cet article. En France, c’est Pika qui s’occupe de l’édition depuis le mois de juin 2021 et qui compte à ce jour 3 tomes sur les 15 sortis au Japon par la maison d’édition Kondansha.

blue lock : L’individualisme du sport collectif

Je vous ai listé au début de l’article les différents titres que j’ai vu et lu, mais je ne vous ai pas encore dit pourquoi j’aime tant les shonen de sport.
Grand fan de fantastique, j’ai toujours adoré les mondes et univers qui débordent de magie, de technologie futuriste ou encore de principes divins s’appuyant sur les croyances et autres cultures que l’on voit un peu partout dans les grands shonen comme Dragon Ball, Bleach ou bien Death Note pour ne citer qu’eux. Pourtant, je retrouve la même admiration dans un match entre Karasuno et Nekoma dans Haikyuu, que dans un combat entre Vegeta et Broly dans le dernier film Dragon Ball Super.
Pour moi, cela s’explique par les valeurs que l’on retrouve dans ces deux œuvres : Le dépassement de soi, la soif de victoire, ne jamais baisser et les bras ou abandonner. l’entraînement pour devenir plus fort et aussi un classique du médium, la force de l’amitié et du collectif. Si cela est vu comme un cheat code pour les shonen classiques, où les héros joignent leur force pour vaincre le mal, cela est bien plus logique pour le sport quand il est en équipes. C’est d’ailleurs pour ça que je recommanderais des œuvres comme Haikyuu à des jeunes lecteurs qui voudraient se mettre au manga mais ne sauraient pas par quoi commencer, tant les valeurs qu’ils partagent sont importantes au développement d’un enfant ou d’un ado.

Et pourtant, Blue Lock a fait le pari fou de rayer une bonne partie de ces valeurs propres au genre, pour le déconstruire entièrement. Blue lock ne raconte pas l’histoire d’une équipe d’un petit lycée japonais qui va monter au sommet du japon par la force de l’amitié.
Ici, c’est le joueur qui prime, C’est Isagi le héros de cette histoire, SON histoire, celle qu’il doit écrire pour devenir le meilleur attaquant du monde. Et pour y arriver, il devra détruire tous les autres membres du Blue Lock. Et c’est en ça que cette œuvre est unique.
Dans les premiers chapitres, Isagi est comme nous, dans le sens où il a le même regard sur le sport que celui qu’on trouve dans les mangas. Il joue collectif, comme ce qu’il a toujours appris du sport qu’il aime tant, même si cela résulte sur une défaite alors qu’il est, au fond de lui, persuadé de pouvoir changer l’issue du match s’il joue tout seul. Mais comme lecteur, Isagi va vite se prendre au jeu de l’égoïsme que prône le Blue Lock et commencer à prendre un plaisir encore inconnu sur le terrain, d’autant plus qu’il est entouré de joueurs et rivaux qui ont le même but que lui. C’est une sélection acharnée dans laquelle tes compagnons de jeu d’aujourd’hui seront tes adversaires de demain.
À ce titre, Blue Lock prend un malin plaisir à torturer le lecteur. Car dès les premières pages, nous savons qu’un seul des 300 attaquants sortira vainqueur de la sélection. Pourtant, c’est à ce jour une bonne vingtaine de personnages auxquels on peut vite s’attacher, qui ont été développés dans le manga et qui font d’ailleurs la couverture des 15 premiers tomes. Hors, à l’exception d’une personne, chacuns de ces joueurs sont voués à raccrocher les crampons une fois sorti du centre d’entraînement, leurs rêves brisés et une carrière au futur impossible.
À ce jour, rien ne promet d’ailleurs qu’Isagi sera l’attaquant ultime du Blue Lock, tant la compétition est rude et que des dizaines d’autres candidats ont eux aussi toutes leurs chances, et parfois bien plus qu’Isagi.

Blue Lock Frappe Yochi Isagi

Blue Lock – Pika

Blue Lock est aussi imprévisible. Contrairement à tous ses grands frères, aucun match n’est gagné d’avance. Si le début du manga peut paraître très linéaire avec diverses phases d’écrémage des 300 candidats, l’œuvre nous surprend toujours un peu plus au fils des arcs. Rien n’est écrit dans le marbre et aucune facilité scénaristique n’est utilisée. Chaque personnage évolue, s’adapte, apprend et se dépasse dans des situations qui les poussent à faire ressortir leur fameux égo.
Je parlais plus haut de fin, mais il est possible que le Blue Lock en tant que tel ne soit qu’une première étape de l’aventure de ces jeunes diamants bruts. En effet, la fin promise dès les premières pages du manga n’est autre que la fameuse Coupe du monde, que le Japon doit gagner grâce à cet attaquant égoïste. Et je ne peux que me réjouir à l’idée de lire des matchs d’anthologie entre les meilleures équipes du monde une fois la sélection du Blue Lock terminée…

Le concept d’ego est clairement le « pouvoir » de Blue Lock. On peut difficilement comparer ça à un effet de transe comme la « zone » de Kuroko’s Basket ou même une énergie comme le Chakra ou le Ki. On parlerait plutôt d’idéologie et de mindset. L’ego est une soif de vaincre née de l’instinct et de la rage du joueur. Et c’est avec cet état d’esprit, et en réunissant les conditions nécessaires que les joueurs du Blue Lock pourront se transcender et faire un pas de plus vers le niveau de l’attaquant ultime qu’ils doivent devenir.

LA SÉLECTION DU BLUE LOCK

Si je vous ai déjà un peu présenté Isagi, il faudrait tout de même que je vous présente plus en détails les autres protagonistes du Blue Lock. Mais histoire de ne pas vous spoil trop rapidement, je ne présenterais que les premières têtes qui apparaissent dans le manga et je ne doute pas que vous tomberez vite sous le charme des joueurs qui arriveront un peu plus tard dans l’histoire. Spéciale dédicace au GOAT Sheishiro Nagi pour ne citer que lui.

Isagi devra passer ses premières épreuves aux côtés d’onze autres candidats, l’équipe Z, aux charadesigns et aux tempéraments très différents les uns des autres. Cela se retrouve aussi dans le play style de chacun qui, là encore, leur est propre.
Pour commencer, Isagi est un joueur “d’instinct” qui n’a, à priori, pas de performance physique extraordinaire, à l’inverse de Kunigami qui a pour lui une très grande force physique et donc une grande puissance dans les tirs, sans pour autant être une bête écervelée. Il est au contraire loyal et juste. Bachira est quand à lui un peu lunaire, mais doté d’une très grande dextérité et d’un contrôle de la balle lui permettant de jongler et de dribbler à une vitesse folle. En parlant de vitesse, c’est l’arme principale de Chigiri qui est l’attaquant le plus rapide de l’équipe Z. Par ailleurs je ne sais pas si c’est voulu, mais je ne peux m’empêcher de croire que l’équipe Z d’Isagi est une belle référence aux « Z-Warriors » de Dragon Ball.

Isagi : personnage de Blue Lock

Yoichi Isagi

Kunigami : personnage de Blue Lock

Rensuke Kunigami

Bachira : personnage de Blue Lock

Meguru Bachira

Chigiri : personnage de Blue Lock

Hyoma Chigiri

Bien sûr, tous ces jeunes talents sont encadrés par un coach et sélectionneur pas comme les autres : Jinpachi Ego. Cet homme n’est autre que la personne ayant créé le projet Blue Lock, avec l’aide d’Anri Teieri, une jeune recrue de l’Union Japonaise de Football. Ego sait parfaitement ce qu’il veut et ce qu’il faut faire pour que chacune des pépites du Blue Lock se démarquent et fassent accroître leur ego de jour en jour.

Si l’on est pleinement conscient qu’il ne faut pas s’attacher à eux à cause du sombre sort qui leurs est promis s‘ils échouent, je ne peux m’empêcher d’avoir mes petits chouchous au fil des chapitres. Leurs différences font aussi leur complémentarité et bien qu’il s’agisse d’une compétition, on peut tout de même voir se nouer certains liens, d’amitié, de respect ou de rivalité entre les personnages, rendant l’œuvre d’autant plus shonen. Et c’est quand l’un d’entre eux est éliminé que l’on se rappelle des enjeux que représente cette sélection pas comme les autres.

QUAND LE TERRAIN DEVIENT UNE TOILE

Si Blue Lock a autant marché au Japon et en France depuis sa sortie dans l’hexagone, c’est en grande partie grâce à ses dessins. Yusuke Nomura n’avait pas spécialement brillé avec son premier manga (Dolly Kill Kill) mais avec Blue Lock il vient sans aucun doute de révéler son art au monde du manga, car c’est toujours un challenge d’illustrer le sport.
Montrer la puissance, le mouvement, la vitesse et l’énergie qui est produit lors d’un match. Et la dessus, je n’ai vraiment rien à redire. Blue Lock est beau et réussi.
Je sais que certains n’accrocheront pas avec le style graphique des personnages, notamment leurs yeux qui sont la partie du corps où Nomura s’efforce de faire ressortir la puissance et l’ego des personnages lors des scènes marquantes. La trajectoire des tirs est toujours un plaisir et je n’ai étonnement jamais été perdu dans l’action. On sait d’où le ballon part et où est-ce qu’il arrive. Le mangaka se sert souvent des réflexions et de l’analyse du terrain d’Isagi ou d’autres personnages pour rappeler la composition et l’emplacement de chacun sur le terrain afin d’avoir une idée précise d’où est qui pendant une action, quitte à se faire surprendre quand un adversaire (ou un allié !) surgit là où on ne l’attendait pas. La composition des pages est un régal et lire Blue Lock est d’une fluidité sans égale, et c’est là une force majeure de l’œuvre.

Blue Lock but Isagi

Blue Lock – Pika

Le fait d’avoir deux personnes sur une même œuvre permet d’avoir une qualité souvent supérieure entre termes de dessins notamment. Cela s’est déjà vu avec Oba et Obata pour Death Note ou encore plus récemment avec Kaiu Shirai et Posuka Demizu pour The Promised Neverland. Le scénariste peut s’atteler à l’écriture du scénario et des dialogues, et parfois même des premiers storyboards, laissant alors beaucoup plus de temps à son duo pour réaliser les dessins. Ce dernier peut donc peaufiner les détails que l’on ne voit normalement que dans de rares doubles pages lors des chapitres. Tout ça pour dire que Blue Lock est aussi une réussite sur le plan esthétique, sur la composition de ses pages et de son storyboard.

Adaptation très attendu pour un manga à succès

Avec ses 4.5 millions de volumes en circulation au Japon pour seulement 15 tomes, l’annonce d’une adaptation animée de Blue Lock était très attendue. Même si on est encore loin des 32 millions de Tokyo Revengers, prépublié dans le même magazine et qui jouit depuis plusieurs mois d’un anime lui aussi très attendu des lecteurs.

Mais depuis quelques semaines c’est maintenant officiel, Blue Lock arrivera courant 2022 pour une première saison animée par le studio 8-Bit, notamment connue pour l’adaptation de Moi Quand je me réincarne en Slime (Tensura pour les intimes), avec comme staff :
Watanabe Tetsuaki en réalisateur, qui a travaillé sur Haikyuu, ce qui est plutôt très rassurant. Son assistant sera Shunsuke Ishikawa, qui a travaillé sur les dernières saisons de Sword Art Online et là encore l’animation était vraiment poussée. Et enfin pour ne pas trop s’étaler sur le sujet, l’Action Director sera Hiromi Sakamoto, qui a travaillé sur My Hero Academia, Soul Eater mais surtout Jujutsu Kaisen aka le plus grand shonen qu’on ai pu voir l’année dernière.

Tout ce joli petit monde a été annoncé en même temps que la sortie d’un premier teaser à l’animation prometteuse, notamment pour les scènes d’action et la conduite de balle, même si l’utilisation de la CGI (de la 3D) peut déjà inquiéter si le niveau ne reste pas au moins à la hauteur du trailer.
Quoi qu’il en soit, si vous préférez attendre quelques mois de plus pour découvrir Blue Lock avec l’anime, n’hésitez pas. Vous allez sans doute passer un très bon moment, et c’est le principal.

Par ailleurs, l’anime sera édité par Bandai Namco, ce qui promet déjà de belles perspectives pour la licence Blue Lock. On aura surement droit à des dizaines de goodies et figurines (autant vous dire que j’attends ça de pied ferme), mais on peut aussi voir un peu plus loin dans le futur et imaginer un jeu vidéo, mobile ou console, comme Bandai Namco adore en éditer depuis quelques années. En tout cas, je ne dirais probablement pas non à un futur Gâcha Game.

PROPAGANDA EN MARCHE

Vous l’aurez compris, Blue Lock est probablement ma plus belle découverte de 2020 et je suis très heureux de voir sa popularité grimper en 2021, notamment depuis sa sortie en France, et j’ai déjà hâte que les anime only découvrent, en 2022, cette œuvre que j’aime déjà tant.
Cet article Propaganda a tout simplement pour but de vous présenter une œuvre que j’aime et j’espère avoir convaincu certains d’entre vous de lire Blue Lock dans un futur plus ou moins proche. Et si j’ai pu, par ces quelques lignes, faire découvrir et aimer Blue Lock à ne serait-ce qu’une seule personne, j’en serai comblé.
Je ne vous ferai pas la morale si vous vous faites un premier avis avec les scans que vous trouverez facilement, mais si l’œuvre vous plait et que vous en avez les moyens, je vous invite à acheter les tomes chez Pika. Déjà pour soutenir les auteurs, mais aussi les éditeurs français qui s’efforcent de nous faire découvrir des œuvres magnifiques dans des éditions d’une très belle qualité.

Si je ne suis pas un grand sportif, je n’ai pas non plus spécialement d’affect pour les compétitions sportives. Je ne regarde pas de matchs à part les grandes compétitions, j’ai relativement peu joué à des jeux vidéo de sport pendant mon enfance et même si je trouve certains sports vraiment beaux comme le basket ou le volley, je peux compter sur mes mains le nombre de matchs que j’ai vu en entier. Pourtant j’ai adoré Blue Lock, et j’en suis le premier surpris.
Évidemment je ne peux pas promettre que vous allez vous aussi aimer Blue Lock autant que moi. Certains n’y seront pas du tout réceptifs, ne trouveront rien aux personnages ou même n’aimeront pas le concept de base du manga. Et à cela je vous répondrai que tous les goûts existent dans la nature. Pour autant je peux vous affirmer que Blue Lock n’a rien à voir avec ce que vous avez déjà lu de semblable et si vous n’avez pas aimé Haikyuu ou encore Slam Dunk à l’époque, il peut être temps de renouer avec le genre et de laisser une chance à Blue Lock.

Pour rappel, les trois premiers tomes de Blue Lock sont disponibles en France au prix de 7€20 chez Pika et le tome 4 arrivera dans les librairies le 6 octobre prochain. Au Japon, le tome 15 vient de sortir et l’anime est prévu pour l’année 2022 sans plus de précision pour le moment !

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