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Merci Luv Resval

Merci Luv Resval : article hommage

Le 21 octobre 2022, le rappeur Luv Resval s’est éteint, à 24 ans, provoquant un véritable séisme d’incompréhension et de douleur. Étant un des artistes qui m’accompagnent quasi-quotidiennement depuis plus de 3 ans et ayant une place centrale dans mon rapport au rap, je me devais de lui rendre hommage et de le remercier.

Quand j’étais plus jeune et que des artistes que mon père écoutait lui-même plus jeune décédaient, je me demandais comment je réagirai dans le futur, quand ça m’arriverait à moi, dans les années 2050-60 par exemple. Comment je réagirai quand j’apprendrai que les membres de Linkin Park seront décédés, ou que certains DJ qui m’ont fait découvrir la musique électronique quitteront ce monde.

Seulement, je ne pensais pas que cela arriverait SI TÔT et surtout, que ce seraient des artistes qui m’ont PRÉCISEMENT éduqué musicalement. Je ne pouvais imaginer que Chester Bennington, chanteur de Linkin Park allait décéder en juillet 2017, avant d’être rejoint par Avicii en avril 2018, Mac Miller en septembre 2018, mais aussi Népal en novembre 2019. Liste malheureusement non-exhaustive et à laquelle j’aurais pu ajouter XXXTentacion, Juice Wrld, Pop Smoke ou encore Joey Jordison (une pensée émue également pour Kobe Bryant, pour sortir un peu de la musique).

Et s’il y a bien un nom que je ne pensais / voulais pas ajouter à cette liste, surtout en 2022, c’est bien celui de Luv Resval, qui est décédé à 24 ans seulement. Il fallait, VISCÉRALEMENT, que j’écrive ce papier pour le remercier pour sa belle, mais courte carrière.

PS : ce papier est écrit à chaud, avec ce que j’ai sur le cœur, étant en plein deuil (le mot peut paraître fort, mais il est parfaitement choisi), désolé par avance si les propos sont un peu hachés.

La découverte

C’est fin 2017 – début 2018 que j’entends pour la première fois parler d’un certain Luv Resval. Très peu d’informations concernant d’où il vient, mais voilà qu’un nouveau rappeur qui semble avoir la vingtaine, nous offrent la série de freestyles «¥». Pendant environ 6 mois, de mémoire, je vais suivre ces nouveaux sons qui arrivent au compte-goutte. Des instrus entêtantes et très différentes, mais aussi, un flow qui me parle énormément. Mais le gros coup de cœur vient de la voix : pas d’auto-tune ou très peu et ça kick, ça kick, ça kick. Certes et objectivement, il y a encore du chemin à faire niveau écriture, mais me voila monté dans le train.

La confirmation

Mais pour être tout à fait sincère, ces sons en question n’étant pas disponibles sur Spotify, je l’ai ensuite perdu de vue (et des oreilles surtout). Jusqu’à un certain 25 janvier 2019 et le fameux Règlement Space #12. Après Lujipeka, Jazzy Bazz, 7Jaws ou encore Népal, le Règlement accueille en effet Luv dans sa série de freestyles. Je remets alors directement le bonhomme et me fais la réflexion qu’il a pas mal step-up en un an. Il est alors pour moi l’heure de rattraper tous les sons que j’avais loupés et de commencer doucement, mais sûrement, ma propagande resvalienne

Mais ce n’est que le début et 2019 est l’année où le jeune Luv va exploser, aux yeux d’un public assez confirmé / précis cependant. Il a en effet été pris sous l’aile d’Alkpote avec qui il a sorti un EP commun de 5 sons (qui comporte l’incroyable Mariah), fin décembre 2018. Mais lors de l’été 2019 et en quelques semaines, nous avons droit à Célébration (en feat avec Alkpote donc) et Crystal Lake, en feat avec Freeze Corleone. La fin de l’année est également bien remplie avec l’arrivée du son Judas, mais SURTOUT la dinguerie MPC qui est à ce moment-là et selon moi, son meilleur son solo depuis son début de carrière. Je ne pense alors qu’à une seule chose : son premier album. Le début d’année 2020 sera marqué par de « simples sons » (j’entends : pas dans un projet), comme Side, le freestyle Skywalker, mais SURTOUT, le banger 696, dans la digne lignée de MPC pour moi.

Luv nous offrira également des featurings (très) bien sentis comme Sonic avec Caballero & JeanJass, Thor avec Diddi Trix ou encore Hood avec son petit frère Savage Toddy. Bref, je vis à l’époque ma meilleure vie et je continue de sentir qu’il progresse de plus en plus, surtout au niveau de l’écriture. Dans la même période, il repasse chez le Règlement, pour nous offrir le freestyle Règlement Rouge.

sa rentrée dans ma cour des grands

C’est le 31 juillet 2020 que Luv Resval prendra POUR DE BON une place très importante dans ma « hiérarchie », dans mon rapport à sa musique. C’est en effet ce jour-là que sort Smith & Wesson, produit par Kore. Si l’instrumental et le son en lui-même sont de vrais merveilles, le jeune rappeur passe un cap non négligeable en termes de visuel. En effet, on laisse tomber les clips dans des épiceries, dans la rue ou dans des appartements surpeuplés. Place à un vrai court-métrage, avec une direction artistique bien définie : merci pour cette grosse claque dans la gueule. 

Quelques mois plus tard, il sortira le son Kurt, en featuring avec Zefor de 13 Block, accompagné comme Smith & Wesson d’un clip léché, avec une réalisation encore une fois réussie. Je me disais que là, enfin, c’était bon : l’album allait arriver. Ce n’était pas possible que deux sons comme ça ne figure sur aucun projet (spoiler : si, c’était complètement possible).

Tout s'en va

Mais s’il y a bien une date qui sera clé dans mon rapport à la musique de Luv Resval, c’est bien celle du 12 février 2021. C’est ce jour que sort l’incroyable Tout s’en va, encore une fois accompagné d’un clip assez incroyable. Nouvelle claque dans la gueule, beaucoup plus violente que celle prise lors de la sortie de Smith & Wesson. Le son en question devient assez rapidement « mainstream », permettant à du nouveau monde de découvrir l’artiste, ce qui est pour mon plus grand bonheur, parce que j’suis pas un néo-puriste de merde.

Dire que je suis matrixé par le son est un euphémisme. Il tourne en boucle dans mes oreilles, avec ou sans le clip, des dizaines de fois. Luv ne cesse de step-up et de mon côté, je suis de moins en moins objectif quant à sa musique, sa plume. Je ne pense alors plus qu’à une seule chose : son premier album. Cela fait environ 3 ans qu’il est présent sur la scène française, qu’il prend de plus en plus de place, qu’il est de plus en plus légitime et le temps semble ENFIN venu. Je ne pensais qu’à cet album, que j’espérai bien évidemment comme un des meilleurs de l’année. Mais j’étais assez loin du compte.

Tout s'en va : Luv Resval

Le jeune sith nous offre l'étoile noire

L’album est ENFIN annoncé en mai ! Et avec cette annonce, Luv nous offre un nouvel extrait avec MPC, Part II (La rivière). 5 minutes 30 de bonheur pour un son qui porte parfaitement son nom, étant une digne suite d’MPC. Et SURTOUT, il nous propose un INCROYABLE Grünt de pratiquement une demi-heure.

Le 4 juin sort donc Étoile Noire. Il faudra que j’attende la fin de l’année 2021 pour en être sûr, mais le 4 juin est alors sorti, pour moi, l’album de l’année. Au programme : 19 sons dont les déjà connus Célébration 2, MPC II et Tout s’en va.)

Le projet est une masterclass et est bizarrement tout ce que à quoi je m’attendais : Les Borgia, Tatooine, l’enchainement Flûte de pan, Tout s’en va, Jamais revenue, La princesse et le crapaud, mais surtout, Jusqu’au lendemain qui clôture l’album parfaitement. Il y a, à vrai dire, très peu de choses à jeter. La version alternative de l’album (Nébuleuse) nous offre également quelques sons « bonus » de qualité, comme Dyrroth. Un album qui a rapidement pris une place importante pour moi et qui, un an et demi après sa sortie, je peux le dire, fait partie de mes classiques.

Un projet très bien écrit, un projet cohérent, un VRAI projet construit, plus qu’un simple empilement de sons. Mais si on pouvait penser à une certaine apothéose, c’est en réalité le vrai point de départ de Luv, notamment au niveau artistique selon moi.

Après avoir passé un été 2021 avec Étoile Noire dans les oreilles, en boucle, je n’ai eu qu’à attendre que l’automne suivant pour voir arriver le premier freestyle ¥2S. Nostalgique que je suis, le fait de revoir une série de freestyle, comme celle qui m’a fait découvrir Luv fut un vrai plaisir ! D’autant que les freestyles en questions sont très différents et très qualitatifs : Rocky, Ezio Auditore, Vampire Rolls Royce, Katon (produit par Vladimir Cauchemar), Shadow (sans doute le plus abouti) jusqu’à … ZLM, le 2 mars 2022 qui nous annonce une réédition d’Étoile Noire !

Mais vu la tracklist, que ce soit en termes de guests ou de nombre de pistes, on pourrait limite penser à une vraie suite.

ZLM et fusion au ninkasi

Étoile Noire 2.0 : ZLM arrive donc le 25 mars et nous offre 15 sons supplémentaires. Si quelques pistes semblent effectivement être des démos qui ont été finalement retapées, on a droit à de sacrées petites pépites comme Wallachia, Vengeance (avec Koba), Hotel California, LV Rose (avec Holly Evans), mais SURTOUT, Athéna avec Dinos qui est un vrai morceau de rap.

Je grince un peu les dents de mon côté par contre, pour ce qui est des morceaux clipés. Si on exclut Tout s’en va et MPC II qui ont été clipés avant la sortie de l’album, Luv a clipé Cette fille, Black Pearl, Xan et Hotel California (qui restera donc, son ultime clip). J’aurais énormément aimé voir Flûte de pan, les Borgia, Wallachia ou encore Vengeance & Athéna être mis en vidéo.

Une semaine tout pile après la sortie de ZLM, c’est ENFIN L’HEURE pour moi d’assister à mon premier concert de Luv, après plusieurs occasions manquées. Un concert que j’aurais tendance à qualifier d’intimiste, vu qu’il s’est déroulé au Ninkasi KAO de Gerland à Lyon, et où l’on devait être environ 500.

Un concert de fou, honnêtement, où il n’aura que manqué… Flûte de pan (encore elle oui). Un Luv dans une forme olympique (je me sens chanceux parce que de ce que j’ai pu lire, la suite de la tournée n’a pas forcément été de la même qualité), mais SURTOUT, un moment de partage. En effet, seulement quelques heures avant le concert, la SNEP venait de certifier Étoile Noire, disque d’or, pratiquement un an après sa sortie. Et la remise de ce fameux disque d’or, s’est faite sur scène.

Un concert duquel je suis ressorti… sous la neige, un 1er avril, pour mon plus grand plaisir. Un concert que je mets sans aucun doute dans mon Top 10, même s’il y avait peut-être, à mon goût, un peu trop d’enfants de 14/15 piges venus globalement pour Tout s’en va (j’abuse un peu, mais vous avez saisi l’idée).

Entre temps, Luv finira sa tournée, passera un peu de temps aux States et fera bien évidemment de nombreux festivals cet été. Il sortira deux sons supplémentaires : Shouga pour la compil 91 All Stars et Hokuto Shiken, qui sort sur les plateformes deux jours avant sa disparition.

un humain intriguant et meurtri

En parallèle de la musique, Luv Resval avait l’air d’être un humain assez intriguant. Au fur et à mesure que sa carrière avançait, il semblait de plus en plus être dans son monde. Cela se ressentait notamment au niveau de ses écritures, de son process de création et des choses qui comptaient pour lui et qui le fascinaient. Je ne peux que vous recommander l’interview « Le Code » qu’il a faite avec Mehdi Maizi, qui est à mon humble avis est une des meilleurs ITW de cette série. On y voit un rappeur beaucoup plus « profond » que ce qu’il peut renvoyer et qui se dévoile un peu plus, en jouant le jeu.

Malgré son jeune âge, on voit qu’il est en décalage (dans le bon sens) avec les autres rappeurs de sa génération. Son discours dans cet entretien se boit sans modération. Une interview qui m’a VRAIMENT marqué, qui m’a encore plus fait aimer l’homme, en plus de l’artiste.

Luv Resval est un rappeur qui pouvait donc vous parler du Moyen Âge, du Seigneur des anneaux, de Star Wars, de George Orwell, mais en parallèle, devenir égérie Lanvin, aux côtés de Belle Hadid. Une personne très intrigante je vous disais !

Un homme qui avait malheureusement une grosse addiction en parallèle de tout ça : la lean. Une merde à base de sirop codéiné, qui était très très (trop) présente dans la vie du jeune rappeur.

Un jeune homme qui était également touché par la dépression, mais qui en parlait sans aucun tabou. Il faut que je vous dise un truc que je ne comprends toujours pas : un jour, Luv Resval m’a suivi sur Twitter. Je n’ai jamais compris ni pourquoi, ni comment. S’il nous est arrivé d’échanger rapidement sur des conneries comme il le faisait avec beaucoup de gens de sa communauté, il a liké nombreux de mes tweets où je parlais, sans honte, de ma dépression.

Je dois vous le dire et j’écris ses mots les larmes aux yeux : je regrette à un point inimaginable de ne jamais lui avoir envoyé un petit DM, chose que je pouvais faire grâce à son follow. Un petit message, pour le remercier pour sa musique, pour son œuvre, pour ses messages. Un regret qui me rongera pendant très longtemps.

Mustafar ?

Pour terminer ce papier, parlons musique. Ce n’était un secret pour personne, Luv Resval était en pleine préparation du successeur d’Étoile Noire, j’ai nommé l’album Mustafar. À l’heure actuelle, il est tout simplement IMPOSSIBLE de savoir à quel point le projet était avancé, même s’il y a de fortes chances que la sortie n’était pas prévue avant le début d’année 2023. Mais quid des sons déjà enregistrés ? Aura-t-on droit à une sorte d’EP posthume, comme un adieu ? À l’heure où j’écris ces lignes, je vous avoue que je ne sais pas si j’ai réellement envie de découvrir les sons déjà prêts sortir, car leur écoute risque d’être assez douloureuse, comme avait pu l’être celle d’Adios Bahams, il y a quelques années.

Mustafar : album de Luv Resval

Merci luv resval

En lançant Swtch l’année passée, je ne pensais pas écrire quelque chose de si douloureux, mais si important pour moi. Je ne pourrai jamais assez remercier Luv, au sens propre comme figuré maintenant, pour toute sa musique. Je terminerai ce papier par des mots qui me glacent le sang rien qu’en y pensant : repose en paix jeune sith.

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