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Voyage à vélo : ViaRhôna – Canal des 2 Mers

Voyage à vélo : de la ViaRhôna au Canal des Deux mers

Après avoir pris le train jusqu’à Montélimar, direction la Méditerranée puis le Midi à vélo le long de la ViaRhôna et du Canal des 2 Mers… 

Les vacances à vélo, c’est prendre le temps du voyage. Phrase toute faite certes, mais qui résume bien la philosophie de ces voyages au long cours. Si le point de départ est connu, la destination n’a pas besoin de l’être. C’est mon cas : je suis parti avec l’envie d’aller voir la mer et, si le temps le permet, de prolonger le plaisir le long du Canal du Midi. Le vélo présente l’avantage de laisser le temps à la contemplation, au papillonnement tout en permettant d’avancer suffisamment pour voir le décor évoluer au fil de la journée. Et tout ça, avec le luxe de ne pas porter son bagage sur le dos. J’ai ainsi pris le train, accompagné de mon compagnon à roues, direction Montélimar, point de départ de ces quelques jours de voyage…

Jour 1 : Montélimar - Caderousse (70 km)

Départ de la petite gare de Montélimar vers 11h. Après un rapide passage à la boulangerie, je rejoins la ViaRhôna qui m’accompagnera jusqu’à la Méditerranée. C’est facile, il suffit de longer le Rhône (ou presque). En cette chaude fin de matinée de juillet j’ai de la chance, le parcours est assez ombragé. J’ai même le luxe de tomber sur une plage de sable fin à l’heure du déjeuner !

Après une pause plus copieuse que méritée, il est l’heure de repartir. Cependant, la chance semble avoir tourné : quelques kilomètres plus tard, la piste est inondée par un affluent du Rhône, impossible de le traverser. En faisant demi-tour, je croise un breton ainsi qu’un couple de hollandais. Après leur avoir décrit la situation en aval, ils se joignent à moi pour le détour. Celui-ci n’est pas très sympathique, on emprunte un sentier couvert de galets puis une départementale assez passante. Heureusement après 6km nous retrouvons la piste, bien au sec. Chacun reprend alors son rythme et nous nous séparons.

Le décor a bien changé depuis le matin, exit les sentiers boisés. On se balade dorénavant entre les parcelles agricoles et les complexes énergétiques. Non content de n’offrir qu’une diversité limitée de paysages, il n’y a surtout plus un seul arbre. Rien pour s’abriter des rayons ardents du soleil ou pour se protéger du vent qui s’est levé. Enfin, tout cela n’empêche pas de rouler. L’après-midi passe étonnamment vite,  il faut déjà que je trouve un endroit pour la nuit. À défaut de mieux, j’installe ma tente sur l’herbe cramée de la digue, derrière un bosquet me permettant d’être abrité. Après la spécialité du chef (semoule avec des raisins secs dans une soupe instantanée), le mercure finit enfin par retomber sur les coups de 21h. Ce fut une bonne journée, en espérant ne pas être trop fourbu demain…

Jour 2 : Caderousse - Saint Gilles (95 km)

Il n’y a rien de tel qu’une bonne nuit de sommeil pour se lever du bon pied. Autant les jambes tiennent bien le coup, autant j’oublie à chaque fois combien ça fait mal aux fesses de pédaler toute la journée. Autre surprise au réveil : d’innombrables escargots se sont pris d’affection pour ma tente là où les cigales lui ont préféré mon vélo. Après un petit déj express, je prends la route afin de profiter de la fraîcheur matinale. La ViaRhôna est très bien aménagée avec des pistes neuves et nous fait voyager entre les terres et le fleuve. 

En fin de matinée j’approche d’Avignon et il commence à faire méchamment chaud. Je tombe sur un sympathique café communautaire où se tient un atelier de marionnettes. Cela a sans doute été le jus de pomme le plus rafraîchissant que j’ai connu. J’en profite également pour refaire le plein d’eau. Après une bonne heure de pause, je reprends la route, direction Avignon qui n’est plus qu’à quelques coups de pédales. Je traverse le célèbre pont et fais un tour dans le quartier historique de la ville. L’heure du repas approche et je me trouve un beau petit lavoir sur les hauteurs avignonnaises. Tout juste installé, un homme d’un âge avancé, alors en train de balader son chien, vient m’accoster. Il est certes curieux de savoir où je vais comme ça, mais surtout, ce fervent cycliste a mille et une anecdotes sur le Mont Ventoux. Le gravir six fois dans la même journée, de nuit, au petit matin, les dangers de la descente… il est passionné et intarissable sur le sujet. 

Après 1h30 de discussions ventouesques, j’entame mon déjeuner frugal puis fais une petite sieste sur le bord du lavoir. Suite à cette pause, je repars sur les routes du Gard. Au fur et à mesure que j’avance, je vois le Rhône qui s’élargit, signe que la mer approche. Bien qu’exposées, les pistes sont bien roulantes et nous offre même un drôle de passage dans un tunnel aux lumière colorées. Une fois celui-ci franchi, nous sommes quasiment arrivés à Beaucaire, le point de départ du delta du Rhône. J’avais hâte de bientôt trouver un coin pour bivouaquer, mais c’était sans compter les champs et les vignes qui s’étalent sur tout le territoire. Je me suis donc farci 20 km de plus qu’initialement prévu, et par dépit, j’ai planté ma tente dans un champ. 

Précision bonus : le site était infesté de moustiques, mais cela ne m’a pas empêché de bien dormir !

Troisième jour de cette escapade à vélo, le corps commence doucement à prendre le pli. Aujourd’hui on quitte le Rhône pour aller faire un tour en Camargue. Mais avant toute chose, il urge de refaire le plein d’eau. Je quitte donc mon champ pour me rendre vers le centre de Saint-Gilles. Lors d’un arrêt à une station service en quête du précieux liquide (non je ne consomme pas du sans plomb 95…), un généreux passant m’offre deux petites bouteilles. Avec ces 4L d’eau je suis désormais bien équipé pour les fortes chaleurs qui s’annoncent. Je me dirige enfin en direction de la Camargue !

Bon en réalité.. l’approche est assez longue et fastidieuse : on enchaîne les champs en passant sur diverses routes plus ou moins passantes et le tout sous un soleil de plomb. Je prolonge la pause repas sur un chemin de halage en espérant que les températures redescendent. Une fois reparti, je me retrouve assez vite dans un bosquet assez dense qui m’amène à longer l’Étang de Vaccarès. Sur un chemin cahoteux, on se retrouve au cœur de la Camargue. Au milieu des bosquets ras, on voit les taureaux noirs, emblèmes de la région. Puis au loin on aperçoit les célèbres flamants roses et leur allure maladroite. Quelques virages de plus et le plus beau des équidés vient à notre rencontre. Bien que la conduite n’était pas aisée, ce sentier offre un spectacle exceptionnel.

Quand on en ressort, des images plein les yeux, la départementale est là pour rapidement nous remettre les idées en place. On finit par atteindre Saintes-Maries de la Mer, ville au centre historique très bien conservé mais complètement noyée sous le sur-tourisme. Toujours est-il que c’est ma première étape qui m’offre la Méditerranée et son horizon à perte de vue ! 

Une fois n’est pas coutume, je commence alors à chercher un endroit où passer la nuit. Les campings blindés de la côte ne m’offrant pas une option très attrayante, j’opte de nouveau pour un bivouac. Après avoir remonté les marais camarguais et ses innombrables méandres m’amenant notamment à prendre une barge, je dois encore me coltiner une dizaine de kilomètres au milieu des vignes des sables de Camargue, laissant peu d’espoir de trouver un carré d’herbe encore inexploité.  Je finis par rejoindre la ViaRhôna un peu avant Aigues-Mortes et décide de poser ma tente au sein d’une belle pinède. J’ai alors deux équidés forts intrigués par ma présence. Avec des voisins aussi adorables, je ne peux que bien dormir

 

Jour 4 : Aigues Mortes - Montpellier (40 Km)

Journée plus légère en prévision, Montpellier n’est plus qu’à 40 « petits » kilomètres. En sortant d’Aigues Mortes, on se retrouve rapidement au milieu des étangs et des salins. Au loin, on peut par moment apercevoir le sel rose entassé, formant presque des petites collines. Quelques kilomètres plus tard, on retrouve le littoral au niveau de Grau-du-Roi. Si le centre-ville et son petit port ne sont pas désagréables, le littoral devient rapidement un monde de bétons. Les places inhospitalières à toute vie et les immeubles symboles de l’ « audace » des années 60, ne donneront pas envie de s’y attarder. 

Fort heureusement, la piste nous ramène sur une zone plus préservée (même si la départementale n’est jamais très loin). Une fois les étangs d’Or et de Pérols traversés, il n’y a plus qu’à bifurquer en longeant le Lez vers Montpellier. Mais nous sommes alors dans les heures chaudes du midi. Je fais donc une petite halte à l’ombre le temps de me sustenter. Après avoir repris des forces (notamment à l’aide d’une petite sieste), je reprends la route et arrive à Montpellier en début d’après-midi. Je loge chez une amie, me permettant ainsi de prendre une douche salvatrice et de découvrir de chouettes petites adresses montpelliéraines. Il n’y a pas à dire : ça fait un bien fou !

Jour 5 : Montpellier - Colombiers (100 km)

Aujourd’hui on finit la ViaRhôna et on entame officiellement le Canal du Midi. J’attaque de bon matin par faire le trajet inverse de la veille en longeant le Lez pour sortir de la ville. Le temps est alors assez nuageux, ce qui permet de profiter d’une fraîcheur agréable. En continuant, on se retrouve assez vite dans la campagne montpelliéraine. Après avoir contourné par les terres, l’Étang de l’Arnel puis l’Étang de Vic, on arrive à Sète et son célèbre port. Quelques quartiers sont sympa, mais globalement la circulation est dense et l’on se retrouve fréquemment au milieu des voitures. Fort heureusement, une fois le centre-ville passé, une piste cyclable sécurisée nous accompagne jusqu’à l’Étang de Thau. Je le longe par le littoral, ce qui permet d’être entre les dunes et d’effectuer une sympathique pause repas sur la plage. Le soleil commence doucement à sortir des nuages, faisant rapidement grimper les températures. Je finis par repartir et conclure la douzaine de kilomètres de quasi ligne droite de l’Étang de Thau.

J’arrive alors à Agde, ville encore une fois à la circulation assez dense mais surtout notre point de départ du Canal du Midi ! Une fois dessus, impossible de se louper il suffit de le longer. On y croise régulièrement des péniches qui illustrent bien l’enjeu de cette belle voie navigable. Attention toutefois, la piste est bien moins roulante que la ViaRhôna. Si cette dernière est essentiellement bitumée, les sentiers du Canal du Midi sont plus délicats à appréhender. Niveau revêtement il y a de la diversité : chemins de terre légèrement caillouteux, pavés, piste parsemée de nids de poule… Globalement, ça passe bien à condition de ne pas être en vélo de route.

Arrivé à Béziers, on mesure alors la prouesse technique de ce canal qui relie Toulouse à la Méditerranée. Tout d’abord à travers le sublime pont-canal de l’Orb, puis par les Neufs écluses, véritable ascenseur à bateaux. Ces écluses sont un symbole pour le Canal du Midi, on en trouvera d’ailleurs tout le long. Alors que les rayons du soleil commencent doucement à décliner, un dernier coup de pédale nous propulse jusqu’à Colombiers et son camping qui nous fait le luxe de nous accueillir pour la nuit.

Jour 6 : Colombiers - Pépieux (60 km)

Après la copieuse journée d’hier, on va doucement ralentir le rythme, mon arrivée à Toulouse n’est prévue que dans 4 jours. Je finalise mon itinéraire en prenant un bon petit déjeuner puis en selle ! La journée s’annonce encore une fois assez chaude, il faut profiter des heures matinales surtout que la piste ici n’est pas très ombragée. Je vois au loin un imposant édifice, il s’agit de la collégiale Saint Étienne à Capestang. Avec ses 45 mètres de haut, difficile de la louper. Bien que la nef soit impressionnante et que l’ouvrage soit très fin, la collégiale n’a malheureusement jamais été finie. Malgré ses dimensions exceptionnelles, l’intérieur est finalement assez réduit. Après avoir repris ma route, je croise un homme âgé qui est en vadrouille pour 5 semaines autour de la France. On roule et discute une petite heure ensemble puis nos routes se séparent. Je roule encore un peu en fin de matinée puis profite de l’ombre d’un bosquet pour prendre mon repas et bouquiner un peu.

Une fois le début d’après-midi passe, je reprends ma route le long du canal. Le paysage est très agréable entre les pinèdes, les hauteurs du Midi, le pont-canal ou les écluses. 

L’après-midi passe néanmoins à toute vitesse et arrive rapidement l’heure de chercher un campement pour la nuit. Je trouve un petit camping municipal à Pépieux. Il ne paye pas de mine, mais il dépanne bien. J’y rencontre un anglais qui est parti d’Espagne et qui prévoit de faire le trajet jusqu’à la Suisse puis retour en Angleterre, il en a encore pour un moment. Je profite d’être en ville et d’être la veille du 14 juillet pour faire des courses. Un bon petit repas, un coup d’œil à la carte pour l’itinéraire du lendemain, puis au lit.

Jour 7 : pépieux - villedubert (40 km)

J’ai tout mon temps aujourd’hui, je pars le soleil est déjà haut. J’ai néanmoins de la chance, le tracé du jour est relativement ombragé. Je continue de sillonner l’Aude en longeant le Canal du midi.  Il y a pas mal de plaisanciers qui naviguent et qui ne manquent pas de saluer les cyclistes. Comme en randonnée, c’est un des petits plaisirs du voyage à vélo : tout le monde se dit bonjour. Cela peut paraître pas grand chose mais cela met du baume au cœur.

Comme dit précédemment, j’ai tout mon temps aujourd’hui. Je prolonge la pause déjeuner par une bonne petite sieste à l’ombre des arbres. Je reprends la route en fin d’après-midi et passe rapidement à Trèbes. Carcassonne se rapproche à grands pas. Étant donné que nous sommes le 14 juillet, impossible de trouver un logement à proximité de la ville. Une dame m’indique qu’il y un spot sympathique de bivouac en face de l’écluse de Villedubert, une vingtaine de kilomètres avant la cité fortifiée. Je m’y rends et effectivement, une belle étendue d’herbe et des tables de pique-nique m’attendent. 

Après avoir monté la tente, fait un brin de toilette et m’être rassasié, je me rends dans les hauteurs de la ville pour espérer apercevoir le feu d’artifice de Carcassonne. C’est sur un talus orienté Sud-Est que tout le village semble s’être donné rendez-vous. Même si le spectacle est beau, la distance le rend nettement moins impressionant. Une fois terminé, les rues de Villedubert se vide et il est temps de retourner à ma tente.

Jour 8 : villedubert - Avignonet Lauragais (70 km)

Il fait lourd en ce huitième jour de voyage à vélo… Des orages sont annoncés pour la fin de journée et dès le matin les nuages sont menaçant. Je prends la route assez tôt pour me rendre à Carcassonne. Après avoir gravi la méchante pente qui mène à la cité fortifiée, je peux profiter de la ville pour moi tout seul. Je vais faire un tour dans la basilique Saint-Nazaire puis vais prendre un café face au château alors que les premiers visiteurs arrivent.

Je finis par reprendre la direction du Canal du Midi. Il continue de faire lourd mais je roule bien, pour la première fois du trajet j’ai le vent dans le dos. C’est un plaisir que j’avais presque oublié. En parlant de plaisir, vers 13h le soleil se dégage et je décide de faire une halte dans une des guinguettes qui parsèment le canal.

Ça fait un bien fou ! J’avais bien besoin d’un bon repas pour me revigorer. Le canal et les écluses remplissent bien mon après-midi. Je finis par m’arrêter au petit camping municipal d’Avignonet Lauragais qui ne me laisse que quelques kilomètres le lendemain pour arriver à Toulouse. Finalement j’aurai réussi à échapper à l’orage.

Jour 9 : Avignonet Lauragais - Toulouse (40 km)

Dernière journée sur le Canal du Midi en direction de Toulouse. À la différence des jours précédents, ici la piste est essentiellement bitumée. Le décor est sympathique mais on finit vite par se lasser des platanes et des champs au bord de l’A61. Cette section n’est clairement pas la plus intéressante mais on tombe sur des coins sympa. Après une rapide pause repas sur un banc, je me pose dans un café à proximité de l’écluse de Castanet. De quoi finir les derniers kilomètres qui me séparent de Toulouse sur une note torréfiée.

N’étant jamais venu dans la ville rose, j’en ai profité pour faire un peu de tourisme. Ces briques omniprésentes dans le centre donnent un charme fou à la ville. On apprécie se perdre dans les petites ruelles, faire un tour dans les parcs, tomber par hasard sur une adorable place et s’y arrêter boire un verre avec des amis, aller manger un morceau… Bref, l’étape à Toulouse m’a bien revigoré pour la suite !

Jour 10 : Toulouse - St Jean de Thurac (100 km)

Départ de Toulouse après avoir bien bu et bien manger. J’ai maintenant 3 jours pour rallier Bordeaux, il ne va pas falloir chômer. Aujourd’hui j’ai pas mal de route à faire, ça tombe bien c’est très roulant. La piste longe le Canal Latéral à la Garonne, le tracé est assez rectiligne ce qui, malgré la monotonie, permet de bien avancer. 

Je finis par rejoindre le Tarn quelques kilomètres avant sa confluence et profite de la présence de tables pour y faire ma pause déjeuner. Je repars assez tôt dans l’après-midi et continue de longer le Canal. Tout le long le décor est très vert et permet de s’affranchir de la route.

Après une centaine de kilomètres, je trouve un camping à la ferme un peu avant Agen. La côte pour y accéder sous le soleil de plomb finit de m’épuiser pour cette journée. Une fois arrivé et installé, je prends une bonne douche, fais un tour de la ferme puis mange un morceau avec un couple de flamants et un breton également à vélo. Avec ma journée d’effort dans les pattes, je ne m’éternise pas, d’autant plus qu’il faudra remettre le couvert le lendemain.

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