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The Batman de Matt Reeves est-il le meilleur des Batman ?

The Batman de Matt Reeves, sorti le 2 mars dernier au cinéma, a connu un indéniable succès. Que ce soit auprès des fans de DC Comics, des personnes plus détachées ou des critiques, la version de Robert Pattinson a beaucoup plu. Bien sûr, Battinson n’étant pas la première version de ce personnage mythique, il sera irrémédiablement comparé aux autres Chevaliers Noirs. Alors où se situe-t-il dans la hiérarchie ?

Pour être honnête, lorsque j’ai vu les bandes annonces de The Batman, je n’étais pas si hypé que ça. Je voulais que le Batman de Ben Affleck reste dans l’univers cinématographique de DC, espérant que la Snyder Cut ai fait un peu bougé les choses chez Warner pour restaurer le Snyder Verse. De plus, j’avais un peu d’appréhension : je ne savais pas trop à quoi m’attendre d’un Robert Pattinson dans le rôle. La première bande annonce est d’ailleurs la seule que j’ai vu. J’avais presque oublié le film avant que mon premier groupe d’amis aille le voir. J’y suis donc allé, n’en attendant rien et presque par obligation de fan de l’univers DC Comics en général.

⚠️ Il est bien évident que cet article va spoil The Batman de Matt Reeves. Donc si vous ne l’avez pas encore vu, ne lisez pas plus loin ! Regardez le, et revenez ici pour continuer votre lecture. ⚠️

Le Film en soi

Nom de Dieu c’est un sacré film. 
Tout d’abord, l’univers de Batman est parfaitement respecté. À mon humble avis, pour réussir un film sur le justicier masqué, il y a des critères à respecter, une sorte de cahier des charges à remplir :

  •  Il faut que l’univers de Gotham soit sombre. Gotham est une ville de crime, pas une zone de vacances. Elle doit être violente, meurtrie par sa pègre et sa corruption.
     
  • Il faut que Bruce Wayne et Alfred Pennyworth aient une relation compliquée. Elle ne doit jamais se résumer à une simple relation majordome/chef de famille, c’est plus que ça. Alfred peut être un père de substitution, un ami, un acolyte… ou bien le tout à la fois. Leur relation peut être plein de choses mais elle doit rester complexe.

     

  • Le fond de l’histoire doit être une sorte 1v1 entre Batman et le Vilain choisi, avec un affrontement final. 

Sans grande surprise, ces trois critères ont été respectés dans ce film. Gotham est plus sombre que jamais. En pleine campagne électorale à la mairie, on découvre une ville meurtrie, gangrenée par la pègre et la corruption au point que même le maire n’est pas en sécurité. La ville maintient sa tête hors de l’eau, voire même à l’aide d’un tuba, tuba représenté par le commissaire Gordon et Batman. Et encore ! Même Batman est en quelque sorte corrompu, lui qui au départ ne veut pas faire régner la justice mais seulement se venger, d’où son propre surnom “Vengeance”.

La relation qu’il entretient avec Alfred est double : il joue à la fois le majordome et un père de substitution, sans pour autant remplacer le véritable père de Batman qui n’arrive pas à oublier son meurtre.
Entre mensonge et protection, cette relation du “je t’aime mais je ne le sais pas” est des plus complexe, accompagnée d’un très bon acting de Robert Pattinson et Andy Serkis.

Et enfin le troisième point, le 1v1 de Batman est réussi. Ce n’est pas une confrontation direct mais bien un duel à distance entre le chevalier noir et The Riddler. L’affrontement final qui les opposent occupe tout le dernier quart du film, de l’emprisonnement du vilain jusqu’au crédit de fin. Cet affrontement commence par un duel direct via un interrogatoire à travers la vitre teinté à l’asile, et fini avec le combat des suiveurs de Riddler dans la salle de campagne électorale.

Batman et Catwoman dans The Batman © DC Comics - Warner Bros. Entertainment Inc.

Bon on a un décor et mes “règles Batman” sont respectées, mais ce n’est pas tout. L’imagerie est vraiment belle, de quoi remplir une bibliothèque de fonds d’écran. Les couleurs sombres et la très bonne gestion de la colorimétrie, avec une alternance de couleur chaude et froide en fonction des scènes, passent très bien à l’écran. Le visuel est soigné et les ambiances sont immersives : on ne fait pas que regarder une histoire sur le Batman, on la vit presque. 

Et tout cela est bien sûr accompagné d’une histoire vraiment bien ficelée. Une enquête policière pour trouver l’assassin du candidat sortant à la mairie, qui mènera Batman et Jim Gordon a collaborer. Ils découvriront que la corruption profonde de Gotham remonte à bien longtemps. 

Ce qui m’a vraiment plu, c’est l’évolution du chevalier noir. Au début, il n’est pas Batman mais Vengeance comme il le dit lui-même. C’est un enquêteur visiblement mieux équipé que la police, qui combat le crime depuis quelque temps déjà au vu sa relation avec le commissaire Gordon. Mais ses motivations sont… obscures. La vengeance, c’est la seule chose qu’il recherche, pour venger sa famille décédée.
Son duel avec Riddler va lui faire comprendre que Batman peut être bien plus que ça. Il fait le parallèle entre le fils du maire assassiné et lui, se revoyant perdre son père. Également bien aidé par The Riddler qui lui montre le vrai visage de son père, Bruce Wayne se détache peu à peu de sa vengeance pour chercher ses propres motivations. Il finira par conduire Gotham dans les ténèbres, étant paradoxalement la lumière de la ville comme l’évoque la scène de fin. On y voit Le Batman dans l’eau, guidant les rescapés d’un attentat à l’aide d’un fumigène.

En comparaison aux autres

Pour répondre à la question “Est ce que ce Batman est meilleur que les autres ?” il faut déjà les comparer. Je ne vais pas remonter trop loin et vais me contenter des deux derniers avec ceux de Christian Bale et de Ben Affleck. J’ai vu les autres il y a trop longtemps pour avoir un réel avis.
Le Batman de Christian Bale se rapprochait d’un soldat playboy richissime. Il avait un côté enquêteur mais la plupart du temps c’était sa technologie, ses relations et surtout ses poings qui réglaient les épreuves qui se présentaient à lui. Le côté super-héros n’est pas spécialement mis en avant. Ce Batman est plus un homme en costume qu’un héros qui se démarque vraiment des autres personnages. Cependant, la trilogie de Nolan et notamment le troisième volet, exploite à fond le concept de symbole et celui que représente Batman. Batman n’est pas un individu, il n’est pas quelqu’un, il est un concept. 

Le Batman de Ben Affleck dans Batman vs Superman et la Justice League (pour des raisons évidentes de bons goûts nous choisirons d’utiliser la Snyder Cut et non la version de Joss Whedon), est lui bien différent des deux autres, moins réaliste et beaucoup plus épique. L’univers DC de Snyder représente parfaitement le concept de “Dieu parmi les Hommes”, et Batman n’y fait pas exception. L’homme chauve-souris y est beaucoup plus violent, plus vieux, plus torturé par les années à combattre le crime. Il doit aussi faire face à des ennemis beaucoup plus… fantaisistes et mythologiques. Dans cette univers Batman troque son chapeau d’enquêteur pour celui de chef d’équipe. C’est personnellement un Batman que je connais plus, via notamment les différents comics que j’ai lu.

Les versions de Batman par Ben Affleck et Christian Bale © DC Comics - Warner Bros. Entertainment Inc.

Le Batman de Robert Pattinson est plus jeune que les deux autres, en recherche d’identité. Il n’est au départ pas un héros ni un justicier, mais un vagabond en quête de vengeance. Il n’est pas non plus présent dans un film super-héroïque mais plus dans un thriller policier. Sa partie Bruce Wayne est moins développée que dans la version de Nolan. Pattinson est seul, introverti, pas vraiment playboy et surtout beaucoup plus dépressif que son aîné Bale.

Le Battinson est donc beaucoup plus proche de celui de Bale, et n’a quasiment rien à voir avec celui d’Affleck. Ils pourraient être deux personnages différents que ça ne choquerait pas. Du côté des Bruce Wayne, il n’a pas le côté playboy de Bale, mais plus la facette torturée d’Affleck.
Au niveau de la relation Batman / ennemi, là encore Pattinson est proche de Bale. Une relation se construit au fur et à mesure de l’histoire entre lui et l’antagoniste, jusqu’à une confrontation finale très personnelle. Ce sont des idéaux qui sont en jeu, des revendications, un message voir même une philosophie. Le Batman d’Affleck a aussi vécu ça, mais c’est suggéré. On ne voit pas ses affrontements : ils sont induits dans le psyché du personnage et dans ce qu’il raconte à l’écran, et sont lointains. 

Verdict ?

Il est difficile de ranger le Batffleck dans la même catégorie que les deux autres tant il est différent. C’est un Batman, mais il pourrait être un autre personnage. Il peut être n’importe quel héros. Bale et Pattinson, en revanche, se ressemblent un peu. Ils sont plus proches de l’homme. Le côté humain de leur personnage est très poussé. Celui de Bale a beaucoup été développé sur la partie symbolique de Batman et son Bruce Wayne est très extraverti. L’inverse de Pattinson car son Wayne est un asocial, seul et dépressif.

Alors cela fait-il de lui le meilleur Batman du XXIe siècle au cinéma ? Non, pas du tout.

Cela fait de lui un Batman différent. Et c’est très bien comme ça. Nous avons été suffisamment chanceux d’avoir un Batman qui n’a pas grand chose à voir avec les deux autres. Batman est un personnage extrêmement exploité et très populaire. Beaucoup du public partait avec un apriori négatif pour pas mal de raisons : crainte sur le casting, perte de confiance en Warner avec leur gestion du DCEU… Alors réussir à faire du neuf avec du vieux, en étant raccord avec le personnage tout en convainquant le public, c’est fort.


Pour tout ça, je ne pense pas que la version du Batman de Pattinson soit la meilleure mais que le film en lui-même, The Batman de Matt Reeves, surpasse les autres. Visuellement, le film est magnifique. Il n’en fait pas trop, il est très réaliste et immersif. Contrairement à Nolan, la symbolique du Batman est utilisée visuellement dans le film et non dans la parole et les actions. Matt Reeves a donc fait un gigantesque effort pour soigner la dynamique de chaque plan, de chaque scène. Regardez le film, éteignez le son, vous aurez quand même l’histoire. Matt Reeves a pris le meilleur des deux autres versions de Batman du siècle sur grand écran et les a sublimés, dans un autre genre. Pour moi, The Batman est le meilleur film Batman en tant que produit de cinéma.

Gotham dans The Batman de Matt Reeves © DC Comics - Warner Bros. Entertainment Inc.

Au départ, je me disais que ça ne servait à rien de comparer les films car ils étaient tous les trois beaucoup trop différents. Ceux de Nolan sont des films d’action, les versions de Snyder sont de la fantaisie alors que la version de Reeves est un thriller policier. Toute proportion gardé, ça n’avait aucun sens dans ma tête de comparer Michael Phelps, Michael Jordan et Michael Schumacher. Mais en tant que produit cinématographique, je trouve personnellement que c’est le plus abouti. Un scénario plus cohérent, un visuel mieux traité et plus pertinent… Certes le film profite de la vieillesse de la trilogie de Nolan et du fait que le Batman d’Affleck n’ait pas de film à lui à proprement parler, mais il prend aussi  les meilleurs aspects de chaque film et fait mieux.
Pour moi Battinson n’est pas le meilleur des Batman, il n’y en a pas. Mais The Batman est un meilleur film que ses prédécesseurs et ouvre peut être la voie, avec Joker, d’un renouveau des super héros DC Comics au cinéma.

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